Meule à eau, backstand, lapidaire… le rémouleur de Tillier a tout l’équipement dans sa camionnette.-EdA — Florent Marot

 

Dans sa camionnette, le Fernelmontois Philippe Delvaux fait tourner ses meules et son lapidaire pour donner du tranchant à son nouveau métier de rémouleur. Rencontre.

Bouc finement taillé, traits d’humour acérés et savoir-faire pointu: pas besoin de mener une longue enquête pour connaître le métier de Philippe Delvaux. D’ailleurs c’est écrit en grand sur la camionnette de ce Fernelmontois: Phil’Affûtage. Depuis quelques mois, le solide quadragénaire part à la chasse aux couteaux émoussés, aux taille-haies fatigués, aux ciseaux moins fringants. Avec une mission: leur redonner du tranchant.

«D’ailleurs, le plus souvent, quand je remets les outils à leur propriétaire, je leur fournis aussi un sparadrap», s’amuse cet ancien banquier.

Depuis novembre dernier, dans les villages, un petit marché ou un parking de grande surface, Philippe Delvaux remet ainsi au goût du jour l’ancien métier du rémouleur. «J’ai encore ces souvenirs d’enfance: je vois mon arrière-grand-père lui remettre tous ses outils», se rappelle l’artisan. L’homme avait aussi une passion pour les couteaux et les ustensiles bien affûtés. «Et puis, après 13 ans de banque et six dans le secteur automobile, j’en ai eu marre des chiffres, de la pression au quotidien, de ceux qui ne sont jamais contents. J’ai voulu aussi me tourner vers un métier concret, axé vers le service mais aussi le travail de la matière.» C’est son beau-frère serrurier qui lui trouve la bonne clé pour sa reconversion. «Il m’a parlé de ce centre de formation pour les affûteurs et rémouleurs, dans le Gers. Là, ce fut une véritable révélation.»

De retour au Plat Pays, le Tilliérois investit dans sa tranchante reconversion. Douce et incontournable meule à eau, abrasif et efficace backstand, fusil dernier cri… «Avec l’achat de la camionnette, j’ai investi 50 000€ dans l’équipement. Le but, c’est d’avoir tout sur place pour tous les boulots d’affûtage.»

Et on ne travaille pas le couteau de barbier de la même manière que le taille-haie thermique de son voisin. «Je ne soupçonnais pas l’étendue du pannel de la clientèle possible. Il y a les grands couteaux des cuisiniers, les ciseaux des coiffeurs mais aussi les rasoirs des toiletteurs ou des tondeurs de moutons… Un client m’a même confié… son coupe-ongles.»

À chaque fois, Philippe Delvaux doit choisir la machine adéquate. «La meule à eau est la plus classique, elle est plus lente mais reste très respectueuse de l’acier. Elle ne le chauffe pas.» Pour chaque lame, il faut aussi opter pour le bon angle d’attaque. «Je dois arriver à un résultat très fin et tranchant mais il faut aussi conserver une certaine solidité», précise encore le rémouleur de Tillier.

Dans les différentes corporations du coupant, l’artisan hesbignon a pu constater que ce sont souvent les coiffeurs qui se montrent le plus exigeants. «Un cuisinier est lui aussi très attaché à ses couteaux. Mais plusieurs coiffeurs m’ont déjà dit que leurs ciseaux étaient comme le prolongement de leur main…» Verra-t-on bientôt «Edouard aux Mains d’Argent» devant la camionnette de Phil’Affûtage?

Source : L'avenir